Rencontres

S'appuyer sur le thème des empêchements...

Les deux héroïnes de Bien arrivée à Ottawa et Ma vie en Biais sont des femmes marginalisées : l'une car elle ne parvient pas à s’accommoder de la dure réalité du monde du travail; l'autre car elle ne parvient pas à s'émanciper du lien qui l'unit à son milieu d'origine, jugeant  sa possible réussite dans un univers intellectuel comme une trahison de sa famille. Cependant, ces deux femmes sortiront victorieuses des épreuves que la vie aura mis sur leur chemin.

C’est sur leur destin que nous nous appuyons pour aller à la rencontre de publics empêchés, peu habitués aux salles de spectacle, et qui pensent le théâtre comme une chose lointaine réservée aux élites.

...Pour entamer un dialogue :

Épiceries solidaires, chantiers d’insertion, foyer de femmes violentées, prisons…. mais aussi lycées professionnels ou collèges de zones prioritaires :  les échanges sont puissants, souvent bouleversants, autour d’apéritifs ou de goûters informels et chaleureux qui permettent de faire connaissance et de laisser à la parole le temps de se libérer.

 

La victoire des Transsibériennes, c’est de voir dans la salle les soirs de représentations des hommes et des femmes qui avaient décidé de ne pas venir pas nous voir. Leurs témoignages, à l’issue du spectacle, leurs sourires, leurs remerciements, nous donnent le sentiment d’avoir posé dans leur poche un petit caillou qui, loin de les alourdir, va peut-être concourir à leur faire garder un œil ouvert pour guetter un prochain spectacle, une prochaine occasion d’aller s’oublier, rêver, se revigorer, rire, et partager dans le noir d’un théâtre ou d’une salle polyvalente.

 

Dans Ma vie en Biais, l’auteure américaine Claudia Shear écrit : « En vérité, on doit tous s’intégrer. Car personne n’est chez lui nulle part. Personne, n’est jamais totalement à l’abri. »

Dans Bien arrivée à  Ottawa, le personnage, Marie-Yolande, confesse : «Ça prend du temps de faire son chemin. Pleurer, se mettre en colère et se demander : mais quand est-ce que je vais m’en sortir ? Et un jour, entendre soudain une phrase qui fait sens plus que toutes les autres...»

 

Lorsque nous faisons ces rencontres, nous témoignons nous aussi, lorsque l’occasion se présente au fil de l’échange, de nos luttes, de nos empêchements et de nos frustrations dans nos vies de femmes et d’actrices, mais aussi de notre confiance, de nos victoires, de nos espoirs et de nos courages récompensés.

 

Ces rencontres sont des moments intenses de partage, de rire, des moments gourmands où s’arrête un instant le chaos de vies malmenées en échange d’une parenthèse chaleureuse qui restaure pour un temps l’idée que tout est possible.

Le Télégramme. 7 mars 2019. Quimperlé.